Enfin le samedi 13 octobre 1951

05H30 le Havre. Des bateaux Tout près attend le pilote de Seine. La ville illuminée est bientôt vaincue en sa splendeur par un levé de soleil, par le vent déchirant les nuages. La France, la Normandie et sa verdure. Le bateau file à 20 kms/h. Bernard est ivre de joie.

10H00 - Villequier. Il est temps de sortir la valise à la recherche des "affaires civiles". Mais la chemise est trop grande de col!.

12H00 - Déjà le port de Rouen. Les grues , A ne pas en croire ses yeux. La foule; la foule qui parait grandir. Déjà des visages familiers. Certains pleurent, c’est un sentiment de joie, de tristesse et presque de regret.

Il me semble maintenant que la vie va changer. Les gens sont drôles, les hommes sont regardés comme des bêtes sauvages, les cinéastes sont déjà au travail.

C’est aussi le moment des mauvaises nouvelles, Bernard écrit :

« …Le voile noir de la mère, me fait frissonner. Je devine ce qui est arrivé… », mais encore « …Sur le chemin du retour, que la campagne normande est belle, encore toute verdoyante comme si elle avait attendue que je lui revienne.

15H00 - Le village. Le cimetière, n'oublions pas.

La maison, elle a changé. Elle parait grande, un sentiment de désespoir m'envahit. Quelque chose a changé dans ma vie. Voyons Geneviève, le piano, La Lettre à Elise. Elle sera la composition du retour. Combien j'éprouve de la tristesse en l'écoutant. Tout m'énerve et je fonds en larmes, que tout me parait changeant. René est là et lui seul, je peux le supporter. Déjà des habitants accourent pour venir me saluer. Quelle vie. Allez une promenade au jardin et nous passerons au bon souper avec les frères qui ont changé. Que de regards interrogatoires. Je déballe mes affaires mais la grande fatigue m'oblige à abandonner. Geneviève fait tout ce qu'elle peut pour me faire plaisir. Je suis si las, si perdu. Mais d'où je reviens ?...».